Salut.
Ce n’est vraiment pas l’heure à laquelle il est sage de se lancer dans un billet, mais le jour où je serai raisonnable je pourrai supprimer ce blog. La raison de ce billet est simple, ces derniers temps, les cris de jeunes pucelles habituels lorsqu’on évoque l’identité numérique, et qui étaient jusqu’alors l’apanage de vieux journalistes et de politiques, gagnent le terrain des blogueurs appartenant à ma tranche d’âge, et ça me fout un peu les boules.

Car bon, que des vieux flippent face à Internet, je trouve ça plutôt normal. Si ça avait existé à leur époque, n’importe qui aurait pu savoir qu’ils s’étaient amusés à voler des moteurs de bateaux, fumer du shit ou changer des plaques minéralogiques. Mais que des “jeunes” de mon âge se la jouent Pascal le grand frère et pondent des billets en enfilant des vidéos terrifiantes et nous gerbent d’un ton moralisateur et faussement préoccupé des phases du style “On peut en rire, oui, mais demain, quelle insertion professionnelle pour ces enfants qui aujourd’hui essaiment le net de vidéos naïves et potentiellement scabreuses ?” ça me contrarie.
Pourquoi ? Et bien la raison est relativement simple. Je suis sur Internet depuis plus ou moins 10 ans. Les premières traces que je parviens à retrouver de moi sur le net datent de l’époque où j’avais quinze ans. Je me suis amusé une fois à relire les messages laissés sur d’obscurs forums. J’ai ressenti un grand malaise. J’étais relativement prétentieux, pas toujours très fin, j’avais manifestement un besoin de reconnaissance relativement important. Mais bordel. J’avais quinze putains d’années. Si je pouvais effacer ces messages d’un coup de baguette, le ferais-je ? Je ne pense pas. Pour être honnête, j’en aurais sans doute la tentation. Mais ne voyez vous pas là l’occasion qui nous est offerte par la persistance des traces laissées sur Internet ? La possibilité pour la première fois, d’avoir à assumer son parcours de vie dans son ensemble, y compris les épisodes moins glorieux, quand bien même serait-ce sous la contrainte ? La possibilité de faire enfin évoluer la conception que l’on a de notre existence, dans notre rapport à nous même et dans notre rapport à l’autre ? Dans notre rapport à l’échec, à l’erreur de jugement, au manque de discernement, propres aux jeunes années.
Ce que je veux dire, c’est que de mon point de vue, il est vain de vouloir contrôler son identité sur le très long terme sur Internet. On arrive à une certaine maturité en terme d’usage mainstream du réseau, et on commence à voir des résidus “indésirables” apparaître sur les premières plateformes UGC (forums, premiers sites de rencontres) du coup, forcément, ça anime les discussions. Des boîtes se créent, vous proposent des nettoyages contre espèces sonnantes et trébuchantes, nos politiques sautent sur le créneau, en se disant qu’ils arriveront à faire passer des mesures restrictives pour protéger certains lobbys du même coup.
C’est puant. C’est petit. Vous avez été une grosse merde à au moins un moment de votre vie. Acceptez-le. Vivez avec. Reconnaissez-le. Et acceptez que ce soit le cas pour les autres. Pire. Si vous tentez d’effacer les traces mais que quelqu’un parvient à les retrouver, votre simple tentative de dissimulation convaincra la personne de publier ses petites trouvailles partout où elle le pourra (Effet Streisand). Projetons-nous. Nous sommes dans 10 ans. Bénédicte, dont j’ai posté une vidéo un peu plus haut, vient faire acte de candidature dans mon entreprise (ouais, dans 10 ans j’ai monté ma boîte j’ai racheté Fred & Farid et j’ai licencié tout le monde, le gros kiff). Car je suis un gros porc et que j’aime mater des vidéos d’ados en maillot de bain sur youtube, j’avais vu sa prestation, 10 ans plus tôt. Et car je suis vraiment physionomiste quand il s’agit de boule et de seins, je la reconnais directement. Soit. Les craintes avancées par tous les péquenots actuellement sont qu’en tant qu’employeur, je me dise “oh non, cette grognasse a fait l’otarie une fois quand elle avait 17 ans, je ne vais pas l’embaucher !”. C’est con. C’est quoi cette réaction de puritains à retardement ? On se la joue à l’Américaine, preux et purs en façade, dévergondés en mode double pénétration derrière le rideau ?
Est-ce que parce-que Bénédicte a joué à l’otarie en maillot 2 pièces je dois avoir peur de l’embaucher ? Est-ce que parce que Jean-jean était bourré pour ses 20 ans et qu’il reste des photos de lui sur Facebook il risque de mettre en péril ma société ? Wake up. Nous sommes tous des putains d’humains. Et c’est vrai au travail comme à la maison. Pour moi il faut abolir la différence des comportements entre le lieu de travail et la maison. Tout du moins sur certains points. On nous demande de nous travestir pour bosser, et ce qui peut sembler anodin fini par baiser complètement une société.
Je schématise mais pour avoir un boulot, il faut être le mec qui ne boit pas, qui ne se drogue pas, qui n’aime pas baiser, qui ne fait jamais de blagues douteuses, qui s’habille bien c’est à dire comme tout le monde et surtout qui ne critique personne, surtout pas les clients potentiels. C’est un jeu de pute. Des putes qui joueraient les dupes. Et moi si Internet pouvait venir foutre un peu la merde dans ce jeu là, je serais vachement content.
Quel avenir voulez vous ? Un avenir où les recruteurs qui chercheront le nom de vos enfants sur google avant de les employer ne tomberont que sur les résultats que le cabinet d’e-réputation aura été chargé de laisser apparaître, contre un abonnement mensuel de 200€ ? Ou un avenir où OUI, les recruteurs tomberont peut être sur une photo de votre fille les seins à l’air pendant ses VACANCES via un quelconque réseau social dont elle aura oublié de régler les paramètres de confidentialité, mais où les mêmes recruteurs auront l’intelligence suffisante pour effectuer une prise de distance, et ne baser leur jugement que sur ce qu’ils estiment avoir à prendre en compte pour le choix qui sera le leur, à savoir recruter une nouvelle collaboratrice ?
J’ai peut être une haine profonde pour le genre humain dans sa masse la plus crasse, mais je reste un utopique éternel en ce qui concerne l’avenir de la pensée.
Plutôt que de parler de contrôle, il serait plus intelligent de parler d’apprentissage du traitement de l’information. Plutôt que de parler de droit à l’oubli, il me semblerait plus avisé de discourir sur le droit à la prise en considération. Au final, sur le net c’est comme dans les médias, on a de l’information on, et de l’information off. Il y a ce que les gens désirent publier, et ce qu’ils désirent garder pour eux, ou alors ce qu’ils négligent tout simplement de classer et qui se retrouve souvent de fait public. De mon point de vue, le seul contrôle qui vaille est celui qu’on s’applique à soi même, et si je suis d’accord avec l’idée qui exige qu’on informe mieux nos jeunes sur les conditions dans lesquelles ils partagent leurs médias (cf une initiative intéressante, Privacy Icons) je pense pour autant qu’il serait malsain de leur laisser penser que quoi qu’il fassent, ce n’est pas grave puisqu’ils ont un attirail de lois et de services pour gommer leurs erreurs de parcours après coup.
Je conclus. Il faut responsabiliser les gens. Et ça passe par le fait d’assumer l’évolution par laquelle passe chaque individu. Et quand je parle d’évolution je ne prêche pas non plus le pardon absolu sous l’excuse de la jeunesse. Il appartient à chacun de définir son juste milieu. Sans jamais oublier de prendre en compte sa propre évolution et les déboires qui y sont associés. Il faut comprendre que la différence entre la vie privée et le travail ne doit pas passer par une mascarade vestimentaire et comportementale, mais par une plus grande intelligence, qu’on ôte les œillères passéistes et qu’on accepte notre condition d’homme, dans tout ce qu’elle a d’excessif, de border-line, d’alcoolisé. Jusqu’à présent ça ne nous a pas empêché d’inventer plein de choses chouettes. Le fait qu’Internet lève un peu le voile sur cet aspect de la vie des gens ne va pas tout foutre en l’air de ce côté là, soyons sérieux.

Bien sûr, ça ne reste que l’avis d’un mec qui à une époque, avait un blog sur l’Internet.
Peace.
edit : ah oui, par extension ça implique de ne pas vouloir annihiler ou contrôler l’effet de meute qui existe sur Internet. Les ados qui s’exhibent le recherchent. Alors bien sûr ils espèrent plus de l’approbation qu’un déferlement de haine. Mais on ne se construit pas qu’avec des compliments. Et un retour de flamme hardcore à la /b/tard est à mon avis plus constructif que tous les services des boîtes à la con qui vous proposent de gérer votre e-réput. On se construit avec les coups dans la gueule que l’on reçoit. Vouloir s’épargner les coups c’est la meilleure façon de terminer avec la même putain de gueule en porcelaine qui est celle des gens quelconques et déconnectés des réalités, qui ne savent pas vraiment ce qu’ils veulent. La vie c’est parfois dur et il y a de beaux connards dehors, je vois pas pourquoi Internet devrait échapper à la règle. Mess with the best, die like the rest.
edit² : Dans les commentaires Norhil me rappelle l’existence de ces très bons articles parus sur Internet Actu :
Vie privée : le point de vue des “petits cons”
http://www.internetactu.net/2010/01/04/vie-privee-le-point-de-vue-des-petits-cons/
La vie privée, un problème de vieux cons ?
http://www.internetactu.net/2009/03/12/la-vie-privee-un-probleme-de-vieux-cons/
Ainsi que The Societal Benefits of Data Sharing
http://www.1to1media.com/View.aspx?DocId=31350
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