Ma chère Mélanie, tu as 28 ans, j’en ai 26, tu permets que je te tutoie ? Super. J’ai quelque chose à te dire, Mélanie.
Je n’ai certes pas fait autant dans ma vie que tu n’en as fait dans la tienne, je n’ai pas de page wikipédia et quand je cherche mon nom sur google, tous les matins en me levant, je ne trouve que 7 900 résultats (ce qui est bien, mais pas top) quand tu en es à 1 670 000. Bref, je ne pèse pas lourd dans la balance :(
Mais ! Mais… Je suis un Internaute, pire, je suis un Twittos, j’ai un ordi, un blog aussi et entre nous, ça m’est bien utile pour pourrir les petites pétasses dans ton genre. Non ! Je t’en prie ! Reste, ça m’a échappé, ma langue a fourché ! Je ne te juge pas.
Bon. Non. Sérieusement. C’est quoi ton problème Mélanie ? Tu ne supportes pas la critique ? Tu te mets à la chanson, c’est ton droit, mais quel accueil attendais-tu ? Qu’espérais-tu ? Que tout le monde s’attendrisse devant tes premières vocalises, qu’on s’extasie devant ton slam faussement désabusé, qu’on remercie le ciel que quelqu’un comme toi nous offre son âme toute nue, sur une galette de polycarbonate à 14,99 € seulement ? Mélanie, Mélanie… C’est presque attendrissant, tant de naïveté… La fatigue, la lassitude ; je ne parle pas d’exaspération, ce serait te prêter trop d’énergie ; que tu t’échines à exprimer par des mimiques ridicules, dans cette vidéo ridicule, mettant le mec à ta gauche tellement mal à l’aise qu’il se sent obligé de hocher la tête crânement, affichant un sourire crispé que tu ne décernes pas, priant intérieurement pour que cela se termine. Il hurle. “VITE !!!”. “Qu’on éteigne cette caméra ! Qu’elle se taise…” La vérité, Mélanie, c’est qu’avec cette vidéo, tu tends la joue. Et quand on tend la joue, la grosse bite des internautes est toujours là pour asséner la biffle salvatrice que voici.
Ma Méloche… Je ne sais pas si ton album est vraiment trop naze. Je ne l’ai pas écouté et je n’en ai pas besoin pour te dire cela : on te critique ? Deal with it. Petite chose fragile, riche et célèbre, tu supportes mal que des journalistes ou des internautes disent de ton album qu’il n’est pas à leur goût ? Deal with it. On est rentré depuis quelques temps dans l’ère de la consommation de masse. Téléréalité ou pas, ce que nous devons acheter défile de plus en plus vite dans nos téléviseurs (à écrans plats évidemment), le nouveau tube chasse l’ancien à un rythme effréné, l’album de telle ou telle actrice fait place à celui de telle ou telle présentatrice météo… Nous sommes devenus des veaux ma Mélanie, des petits veaux agressifs dopés aux cyber-hormones qui lorsqu’ils donnent leur avis ne font pas dans la dentelle. On adore ou on déteste et il faut se décider, vite ! Avec l’ère de la consommation de masse ; qui quoi que tu en dises et quoi que tu en penses profite à des gens de ton espèce ; est aussi venue l’ère de la communication de masse. Tout ce que tu dis, tout ce que tu fais, communique quelque chose de toi à ceux qui te regardent, t’écoutent, te lisent. Et ce que cette interview communique de toi, tu l’auras compris, ça n’est pas forcément à ton avantage. Alors tu as le droit de trouver ça pesant et pour être honnête, je peux le comprendre. Mais putain, ma caille, tu es célèbre et sans doute plus riche que ne le seront jamais 99% des gens qui cliquent sur le pouce qui va vers le bas ! Alors quoi ? L’argent et la célébrité ne font pas le bonheur ? L’exposition médiatique est un fardeau qu’il te faut chaque jour porter ? Le grand œil de la notoriété t’empêche de faire des blagues à la terrasse d’un café, de peur d’être filmée, de te retrouver sur youtube et de te faire défoncer (oh wait…) ?
Je sais. C’est dur. C’est injuste.
Je ne te sur-estime pas, Mélanie. Je sais que tu n’es qu’un agglomérat organique, tu manges tu chies et tu dors comme n’importe quelle autre personne. Sauf que toi, quand tu as envie de sortir un album, tu le sors sans te poser de question (”comment vais-je bien pouvoir me faire connaître pour décrocher mes premières dates“, “comment arriver à réunir l’argent pour payer le studio“, “comment convaincre des magasins de me distribuer“). Tu ne te demandes jamais comment tu vas finir la fin du mois. Alors Mélanie, un conseil, quand un smicard ou un mec un peu énervé de classe moyenne clique sur “j’aime pas” sur Internet, tu courbes l’échine et tu fermes ta putain de gueule. Ou bien je sais pas, tu vas te consoler sur ta fanpage qui compte 46,160 fans. Quarante-six mille personnes acquises à ta cause, qui t’adulent et te défendraient contre vents et marées. Quoi ? Tu as le sentiment d’avoir mérité ta place ? Que n’importe qui aurait pu y parvenir comme toi et que ceux qui te malmènent ne sont que des jaloux qui n’ont rien tenté dans leur vie ? Vraiment ?
On a aucune haine vis à vis de toi, Méloche. Tu es insignifiante à l’échelle de cette planète, vaste caillou propulsé à des milliers de kilomètres heure dans l’espace. Ton album ne donnera pas de travail aux historiens, pas plus que ce billet de blog. Mais aie au moins la décence de prendre ce que cette vie a eu la bonté de te donner et de ne pas faire ta pleureuse à la première occasion venue, lorsque des gens moins gâtés que toi te font l’affront de te critiquer (soit dit en passant, ces gens moins gâtés sont précisément ceux que ta maison de disque courtise sans doute, à grands renforts de 4×3 dans le métro et de 15 secondes sur les radios, pour que ces gens moins gâtés ACHÈTENT ton album et te fassent vivre).
Tu ne liras sans doute jamais ce que je t’écris, Mélanie. Mais si d’aventure tu le lisais, après être allée te cacher sous ta couette pendant une semaine, sache qu’il t’est possible de répondre, contrairement à ce que tu crois. C’est ça qui est pas si mal, au fond, avec Internet. Célèbre ou pas, tout le monde peut répondre. C’est gratuit, en plus. Expose-nous ton point de vue, de créatrice, d’artiste qui donne tout et qui se heurte à la critique des gens qui ne donnent rien.

En attendant, moi, autant d’indécence et d’auto-complaisance, ça me donne envie de crier.
















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